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Douleur en ultra, comment décider une prochaine inscription ?

Le Corbiers

Douleur en ultra, comment décider une prochaine inscription ?

Pourquoi oublies-tu la douleur après un ultra ?

A la fin d’une course difficile, engageante pour réussir à la terminer, il est fréquent, la ligne d’arrivée passée de se dire : « plus jamais, j’ai ma dose, c’est trop dur, j’ai eu trop mal ». Il est largement aussi fréquent que le même finisher explique à son entourage, quelque temps après, pourquoi il va s’engager sur un prochain défi « il y a le trail de « Super chouette » qui ont prévu un parcours plus long cette année un ultra « Hyper chouette » « . A la question évidente sur la douleur ressentie lors de la dernière course, la remarque est balayée d’un revers de semelle. C’était le coup de l’émotion à l’arrivée, la fatigue qui a exagéré le ressenti… mais pas de vraies douleurs. Bien sûr !

Au-delà du repos qui régénère les batteries, je vais t’apporter une autre explication qui pourra te servir à revisiter tes dernières prises de décisions d »inscriptions au regard de la douleur ressentie à la course précédente.

Pour te rassurer, j’ai vécu la même chose à différente reprise. Par exemple, lorsque j’ai fini l’UTMB avec une tendinite des releveurs pendant 80 kilomètres, j’étais vanné. Heureux d’avoir terminé mais j’avais mon compte pour ce qui était de participer à un ultra. J’avais dépassé mon seuil de douleur. Et … logiquement, j’ai donc enchaîné avec la TDS l’année suivante !!! Je ne connaissais pas à l’époque la règle pic-fin. Je vais t’expliquer tout cela dans la suite de l’article.

L’effet de l’expérience passée

Nos expériences passées influent sur nos décisions présentes. Le souvenir d’une expérience douloureuse n’incitera pas à vouloir reproduire la même expérience. Par exemple, je vais éviter de tenter de remettre des lentilles de contact, tellement ma première tentative a été un fiasco avec une cornée abîmée. C’est également la base de l’adage qui préconise de remonter immédiatement à vélo, à cheval, … après une chute. Pourquoi ? Pour éviter que le souvenir désagréable s’imprime fortement dans notre mémoire et nous empêche de renouveler l’action. Réciproquement, c’est le même schéma qui se produit avec les évènements positifs. J’ai adoré cette descente en pierrier sur la brèche de Parozan. Je serais donc enclin à renouveler ce parcours, ou de trouver des parcours similaires.

Nos choix de courses sont donc influencés par nos expériences, réussies ou non, passées. A ce stade, la douleur ressentie pendant un ultra pencherait donc plutôt pour ne pas renouveler l’opération. Il n’y a pas que l’expérience, il faut également compter sur notre tête.

L’effet du mental

Le mental fonctionne selon 2 systèmes : Système 1 et Système 2.

Le système 1: c’est le système de pensée simplifiée et très rapide, automatique. C’est le système des décisions quotidiennes devenues routinières, il permet de conduire sans être attentif à tous les éléments comme nous l’étions au moment du passage du permis. C’est également, le système de notre survie, réaction instinctive de protection.

Le système 2: c’est le système de pensée rationnelle et plus lent. C’est le système mis en route pour analyser, juger, faire des choix.

Or, cette répartition des rôles est parfois mise en défaut. Nous croyons être raisonné et réfléchi, alors qu’au contraire c’est le système rapide qui est entré en jeu. Cela se produit surtout lorsque le jugement est basé sur des souvenirs d’expériences émotionnelles. Par exemple, la douleur ressenti durant un ultra est typiquement de ce type. Ces deux systèmes influent également nos prises de décisions, à ce sujet, je t’invite à découvrir Olivier Sibony dans cette conférence.

Nous avons l’effet de nos expériences passées et l’impact de notre mental. Les scientifiques ont cherché à mieux comprendre la relation avec la douleur.

Les études scientifiques

Des études ont révélé qu’au cours d’une expérience douloureuse, un examen médical dans le cadre de cette étude, l’évaluation de la douleur totale ressentie au cours de l’examen est surtout ressentie avec deux principaux facteurs:

  • Le pic de souffrance, c’est-à-dire le pire moment de douleur subie.
  • La souffrance ressentie à la fin.

Sur le schéma, pour un examen médical,

Règle pic-fin
Règle pic-fin

le (A) dont la quantité de douleur totale est relativement faible, mais qui présente une forte intensité de douleur à la fin, sera jugé comme plus douloureux que le (B) dont la quantité de douleur totale est relativement importante, mais qui se termine par une quasi-absence de douleur. Il en est de même pour les examens présentant ou non un pic de douleur: ils ne seront pas jugés en fonction de la quantité de douleur totale, mais en fonction de la présence ou non d’un pic de douleur. Ce phénomène est appelé la règle pic-fin.

Ainsi, la plupart de nos décisions et de nos choix de vie sont influencés par cette règle. Et même s’il est très difficile, voire impossible d’éviter de telles erreurs de jugement, en être conscient et essayer d’être vigilant est déjà un premier pas.

Quelle conclusion pour les ultras ?

Si tu finis un ultra avec un évènement douloureux sur la fin : blessure avec un finish au mental, chute violente, parcours jugé trop difficile dans les derniers kilomètres,… quel que soit le reste du déroulé de ta course, ton ressenti sera globalement négatif et tu seras probablement moins enclin à renouveler l’expérience. Alors que sur une épreuve où tu auras souffert à cause des coups de moins bien, mais que les derniers kilomètres auront été positifs, que dans les derniers mètres tu auras été encouragés, applaudis,… tu seras en condition pour te relancer sur une nouvelle aventure.
Plus ton arrivée sera positive, derniers mètres, retrouvailles avec la famille,… plus tu auras « préparé » (biaisé selon les scientifiques) ton mental pour te permettre continuer à t’inscrire sur de nouveaux défis. Tu dois donc au maximum savoir profiter des derniers instants d’une course. Je dirais même plus de la dernière heure. Savoir apprécier le parcours accompli, tant dans l’entrainement que dans la course, te permettra de ressentir les émotions positives qui forgeront ton souvenir d’une belle expérience malgré les inéluctables difficultés que tu auras rencontrés.
N’explique pas cette règle à ta compagne (ou ton compagnon) sinon il va te pourrir ta prochaine ligne d’arrivée pour être certain que tu passes à autre chose 🙂

Les références

Lien wikipedia
Le livre grâce auquel j’ai découvert cette règle
Christophe André – Et n’oublie pas d’être heureux

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