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Mon meilleur raté, les 6 enseignements pour progresser

Brèche de Parozan

Mon meilleur raté, les 6 enseignements pour progresser

Après le récit de mon ultra tour du Beaufortain dans le précédent article où j’ai subi la course et mis hors course à mi-parcours car j’étais en retard sur la barrière horaire. Dans cet article, je vais analyser les différents éléments qui ont participé à ce résultat. Je te détaillerais également, les enseignements que j’en ai tiré et comment cela m’a aidé pour mes courses d’après.

Avant de passer à l’analyse, il a d’abord fallu passer par la case « digestion ». J’ai dû digérer cet échec et cela m’a pris du temps car je m’étais tellement investi dans la préparation de cette course que je n’avais pas prévu ce scénario. Pour te dire à quel point j’ai été secoué, après l’utb en juillet, j’ai fait un marathon en octobre et je n’ai re fais un trail qu’en mars de l’année suivante. 8 mois de coupures de compétition en trail. Normal ou anormal ?

En fait j’ai suivi ce qu’on appelle la courbe du deuil. Cette courbe, bien évidemment, est utilisée dans des contextes plus dramatiques en psychologie. Cependant, elle rend compte de ce chacun traverse lors d’un changement, d’un choc.

Courbe du deuil
Courbe du deuil

 

Les grandes étapes de la descente

La perte :

C’est simple à identifier, je n’ai pas fini cet ultra. Je l’ai vécu d’autant plus fortement qu’il s’agissait de mon premier échec en trail.

Le déni :

« ce n’est pas possible, pas à moi, pas ça, « , le sentiment de se réveiller d’un cauchemar mais d’être toujours plongé dedans. Accepter la réalité des faits.

La colère :

C’est l’envie de trouver un bouc émissaire que je peux rendre responsable de la situation. Sur cette épreuve, j’avais plusieurs motifs de colère : l’organisateur, évidemment si je me trompe de parcours sans regarder le balisage, c’est de sa faute. Le bâton qui déconne avant la course, forcément il m’a pourri la journée. L’accident bénin de ma femme la veille, évidemment elle m’a mis un stress inutile alors que j’avais une grande épreuve. Bonjour, le recul devant la priorisation des évènements. Je suis pardonné, c’est ma phase colère. Les sentiers qui étaient moins roulants que ce que j’avais prévus, fait exprès pour me ralentir.

La peur :

Est-ce que je suis capable de finir un ultra de montagne ? Ou est-ce que je suis trop nul pour ça ? Qu’est-ce qu’ils vont penser de moi au boulot ?

La tristesse :

Tous ces entrainements, pour ça ! J’ai gâché mes weekends, ceux de la famille,…

Les grandes étapes de l’acceptation

L’acceptation :

L’acceptation n’est pas la négation des évènements douloureux, ni un oubli délibéré, mais la décision de faire face et de continuer sa route. J’ai loupé, mais j’ai réussi à faire 55Km et 4200m de d+, je n’avais jamais fait un tel ratio.

Le pardon :

« Je renonce à en vouloir à tous ceux que j’ai considérés comme responsables de cette souffrance. » En premier vient le pardon à soi-même, puis aux autres. La raison fait la part des choses et ne se laisse plus envahir par la culpabilité ou la peur.

Le cadeau caché :

Grâce à cette épreuve, j’ai pu mieux me préparer pour les prochains ultra. J’ai pu tirer des enseignements importants sur mon fonctionnement, mes forces et mes faiblesses.

La sérénité :

Je fais la paix avec ce moment qui a été douloureux et je peux l’évoquer sans excès d’émotion. Je peux revenir au présent et définir de nouveaux projets.

Toutes ces étapes, je les ai traversées inconsciemment puisque cette courbe du deuil je ne l’ai découvert que récemment. A l’époque, je ne connaissais pas non plus, cette belle phrase de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends »

Les enseignements

Sur l’enjeu

Pour être à la hauteur de ce que je voulais, j’ai mangé de l’UTB pendant 6 mois. Des récits de courses des années précédentes, le forum sur kikourou, le site internet de la course, … je n’ai pas arrêté une minute de me projeter. A fur et à mesure, je me suis mis une pression de malade sur la réussite. Ce stress a impacté m’a capacité de réflexion à certains moments. Lors des imprévus de début de course, même si j’ai essayé de gérer, je me rappelle très bien tout le dialogue interne sur ma connerie de ne pas savoir regarder un balisage, de devoir vite rattraper le temps perdu, de « foncer » et donc de chuter, … Cette partie a été un grand enseignement sur la relativité des enjeux. Que je finisse, ou pas, la terre continue de tourner et tout le monde me félicite déjà d’avoir pris le départ, d’avoir fait de mon mieux. Désormais, je prends les courses avec plus de recul. Ça ne les rends pas plus facile, mais au moins je suis plus focalisé sur mon effort. Je suis dans le présent au lieu d’imaginer ceci ou cela.

Sur ma préparation

C’est suite à cette épreuve que j’ai analysé plus finement mon kilométrage et mon dénivelé réalisés. J’ai ainsi mis en place les deux ratios : kilomètre réalisé / kilomètre de l’épreuve et dénivelé réalisé / dénivelé de l’épreuve. Je ne sais pas si ce sont des ratios que tu regardes également, dis le moi dans les commentaires. Depuis que j’ai mis en place ces repères, j’ai toujours fini mes ultra. Mes ratios sont 7 pour le kilométrage et 4.5 pour le dénivelé. Si tu fais 7 fois plus de kilomètre et 4.5 fois de dénivelé que ce qui est prévu sur ta course pendant ta phase d’entrainement, tu dois pouvoir finir ta course. Les ratios sont à prendre sur la période d’entrainement, souvent 6 mois avant l’épreuve, pas sur 1 an.

Sur le matériel

J’avais tellement peur de manquer, de ne pas savoir gérer une situation en pleine montagne que mon sac était bien trop chargé, bien trop lourd. Depuis, je décide rapidement du matériel pour mon objectif afin de l’emmener dans quasi toutes mes sorties longues afin de l’utiliser, de tester le rangement dans le sac, d’être à l’aise avec les fermetures, alléger

Les bâtons, ma très désagréable surprise d’avant course m’a incité à mieux connaître mon matériel. Depuis, je sais très bien ce qui a cloché ce jour-là dans mes bâtons. Et dans ma liste d’affaires d’avant course, j’ai toujours une petite pince pour serrer les parties que je sais être sources d’ennuis.

Sur l’environnement

Etre dans un gite avec de nombreux amis qui ne pratiquent pas, n’a pas facilité ma sérénité. Depuis, j’essaye d’avoir une chambre à l’écart pour pouvoir me concentrer et laisser les autres s’amuser.

Sur le parcours

C’était mes débuts de plan de course sur les ultras et j’avais été bien trop optimiste sur ma vitesse. J’étais donc toujours en retard sur mes prévisions. Depuis je fais des prévisions sur une vitesse plus lente que celle de mes sorties longues pour tenir compte de la fatigue.

Le terrain était bien plus technique que je ne l’avais prévu. Lorsque j’ai refait l’ultra tour en 2013, j’avais pris un weekend en amont pour reconnaître tout le parcours. Avoir la possibilité de savoir où on va poser les pieds est un super avantage le jour J.

Sur le positif

Tellement déçu d’avoir échoué, j’ai mis également du temps à voir le positif de ma course. 55Km et 4200m de d+, une première pour moi. Pas de vraie baisse de régime pendant la course, mon entrainement m’avait donné une bonne endurance de base. Et déjà, mes deux points forts des années suivantes étaient déjà là : la gestion de l’alimentation et le mental. Depuis, après chaque course je fais un débriefing pour en tirer des enseignements et m’améliorer.

Sur mes temps de passages, sans mon erreur de parcours, je suis assez confiant, j’aurais passé la barrière horaire de mi-course. Est-ce que j’aurais fini l’ultra ou est-ce que j’aurais été arrêté plus loin ? Je ne sais pas, cela c’est peut-être réalisé dans un autre espace temps.

Finisher ?

Petit aparté sur les paysages, c’est tout simplement magnifique, rien que pour ça, il faut faire cette course difficile. Chaque année, il y a entre 30% et 50% d’abandons. Le parcours est exigeant et parfois certains l’envisagent comme une course de préparation pour du plus long fin août. Il faut pouvoir encaisser, je ne le conseille pas ça me semble demander de puiser trop dans les réserves. C’est un vrai objectif en soi et c’est déjà un super résultat de réussir à finir.

En 2013, je suis revenu sur cette belle course. J’ai fini en 25h56 pour les 26h maximum autorisé, même si parfois les organisateurs tolèrent un peu d’écart pour ceux qui sont passés dans les temps au col des saisies. Cette deuxième tentative n’a pas ressemblé à la première mais a également réservé son lot de surprises et d’imprévus. J’ai été dans mes prévisions jusqu’à mi-course puis en repartant du ravitaillement, une soupe n’est pas passé. Donc un mal de ventre de chien, je n’ai rien pu avaler pendant de nombreuses heures. Pas d’alimentation, pas d’énergie, donc un rythme en baisse et le couperet des barrières horaires qui se rapproche. Je repas du col de Joly avec 10 minutes d’avance sur la barrière. Je vais faire la traversée jusqu’au col des saisies au mental, de phrases positives en phrases positives, j’arrive à devenir enfin Finisher de cette course.

6 réflexions au sujet de « Mon meilleur raté, les 6 enseignements pour progresser »

  1. Merci pour les retours et les conseils. D accord avec toi sur le fait que l on neglige souvent la vitesse de course. Pour ma part je part souvent un peu trop vite. Mais on apprend aussi de ces echecs qui nous permettent d avancer un peu plus chaque foi. Au plaisir de te lire.

  2. abandon pour ma part sur Trail des 6 Cols à val d’isère il y a 2 ans. je n’ai pas mis 6 mois pour m’en remettre, le soir même je parlais déjà de l’année suivante et me venger de cet abandon. de fait 🙂

    1. Bonjour,
      je raisonne sur la période de préparation (4 ou 6 mois) en fonction des courses préparées.
      Si tu veux que ce soit adapté à ta préparation d’une course, n’hésites pas à m’envoyer un mail je te ferais un tableau plus précis.
      Bonne prépa,
      Franck

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